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"Tatoueurs, tatoués"des marques remarquables.

23/09/2014

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L’exposition « Tatoueurs, Tatoués » présente le métier de tatoueurs sous différentes formes et à toutes les époques. Synonyme de marqueur social et identitaire, le tatouage fait de son créateur un artiste faiseur de symboles parfois politiques, fantaisistes, et spectaculaires. Pour la première fois, l’univers du tatouage investi le musée du quai Branly au travers de trois cents œuvres historiques et contemporaines. Des machines à tatouer artisanales en passant par des projets de tatouages sur toile, des photographies de tatoués, en terminant sur une touche contemporaine avec la reproduction  de tatouages sur des membres en silicone, l’exposition de par son florilège d’œuvre devient une ode à cet art, grâce à sa manière inédite de parler de cette pratique déjà ancienne.
 


Tatouer signifie mettre en relation un ensemble de gestes techniques, d’outils, de pigments ainsi que des procédés figuratifs destinés au marquage au corps. Le tatouage appartient au patrimoine commun d’une partie de l’humanité. On tatoue au fil des siècles pour guérir, vénérer, diviniser puis marginaliser, punir, assujettir pour enfin magnifier le porteur de tatouage.
 
En Europe, les tatoueurs sont réprimés par le christianisme par souci religieux. Le tatouage est redécouvert au XVème siècle par les voyageurs occidentaux en Océanie, Amérique, et Asie. Les aventuriers marins et voyageurs en sont les premiers adeptes. En Outre-mer, le tatouage est une pratique traditionnelle réprimée lors des colonies.
 
Plus tard au XIX ème siècle, se faire tatouer devient un langage individuel, une manière de se marginaliser et de refuser la généralisation de l’être humain. Si le tatouage n’est pas toujours décryptable, il demeure la trace d’une relation de soi à soi, de tatoueur à tatoué. Le tatouage est aujourd’hui omnipotent, on le retrouve dans les rues, le milieu carcéral ou encore au sein du cercle d’excentricité tentaculaire qu’est le spectacle.
 
De nos jours, un français sur dix est tatoué contre un américain sur cinq. Le monde du tatouage fait l’objet de rassemblements internationaux dont quinze conventions en France en 2014, réunissant 15 000 visiteurs en deux jours pour sa quatrième édition.
 
Le visiteur de cette rétrospective déambule à travers six parcours thématiques, le premier étant « du global au marginal ».
 

La question du tatouage est premièrement abordée via des objets retrouvés entre le XVIII ème et XXème siècle. Sont exposés des outils de tatouage à percussion provenant des Iles Salomon, des objets représentant des hommes tatoués (cranes, statuettes, morceaux de peau…), ainsi que des tampons à tatouage ou des aiguilles réservées au même effet, provenant en majeure partie de Birmanie, d’Indonésie, d’Inde (Nagaland, Orissa), de Papouasie Nouvelle-Guinée, d’Egypte ou de Jérusalem. Selon certaines sources, les croisés aussi étaient tatoués d’une croix en souvenir de leur passage en terre sainte.
 


Le tatouage fut un déterminant identitaire en période d’esclavage, notamment pour les femmes arméniennes qui cherchant à fuir le génocide dans leur pays, se réfugièrent en Syrie avant d’être tatouées et forcées à la prostitution. On retrouve aussi le tatouage de l’esclave dans les camps de concentrations où un code était tatoués sur les avant-bras des déportés. Ce type de tatouage se retrouve dans la Rome antique ou dans la Chine impériale pour stigmatiser les criminels. Les marques au corps deviennent petit a petit volontairement offensives, témoignant d’un parcours propre : le tatouage peut traduire par exemple une volonté de s’affirmer en milieu hostile comme aux goulags. Le tatoueur devient un émissaire politique, tel que l’Italien Césare Lombroso, le français Alexandre Lacassagne  ou les passionnés russes Danzig Boldaev et Sergei Vasiliev.
 
Le second parcours « Un art en mouvement » relate du XXème siècle. Le tatouage désormais clou du spéctacle, au cirque ou dans les « sideshow » d’Amérique du Nord, attire les foules qui  paient en masse pour voir des hommes et femmes avaleurs de couteaux, cracheurs de feu ou télépathes entièrement tatoués.
 
L’exposition dédie une fresque à ceux et celles qui ont marqués l’histoire du tatouage pour ne citer que Paco Lue Zuelueta, père du tatouage tribal contemporain, Sailor Jerry Collins, un des plus grand tatoueurs du XXème siècle ou Sutherland Macdonald-alias « le michelangelo du tatouage »-tatoueur personnel de la haute aristocratie britannique et même de la famille royale.
 
Les thématiques «Renaissance du tatouage traditionnel» et «l’exploration des nouveaux territoires du monde» retrace les origines du tatouage dans les grandes parties du monde. Des sources d’inspirations de nos tatoueurs contemporains venant d’Amérique du Nord au sein des tribus, d’Europe où le tatouage se réinvente sous différentes périodes, de Nouvelle-Zélande inspiré des tribus maories, des Iles Samoa représentant un rite initiatique obligatoire. Des motifs venus de Polynésie grâce à leur style iconographique, mais aussi des pratiques autochtones de Bornéo, des Philippines et d’Indonésie. Les tatouages thaïlandais inspirent énormément par l’animisme traditionnel, où le lion bouddhique protecteur de la puissance mystique est fréquemment représenté. La chine quant à elle est très influencée par les principes confucéens. La pratique du  tatouage est proscrite et ne sera jamais vraiment acceptée, bien qu’exercée. La symbolique du tatouage présente au Mexique découle du code des gangs «les maras » pour souligner leur appartenance à leur famille criminelle et mettre en avant leur caractère asocial.
 
Les parcours «Nouveaux encrages » et «Cabinet photographique» exhibent projets de tatouages et membres en silicones grandeur nature entièrement tatoués par des artistes contemporains ; on les attribue aux tatoueurs Tin-Tin, Yann Black, Horiyoshi et biens d’autres. A l’instar de la littérature ou des arts picturaux, les écoles du tatouage ne cessent d’évoluer, passant de l’art tribal à des motifs possédant un tel jeu d’ombre et de couleur qu’il est aisé de les confondre avec de simples photographies. Le tatouage est le résultat d’un long parcours culturel et historique que les tatoueurs cherchent à réinventer pour ouvrir une nouvelle page à notre époque.
 
Ce rassemblement d’objets, de photographies, d’authentiques morceaux de peau, de court-métrages, ainsi que les tatouages en relief font de cette exposition une rétrospective à ne pas manquer. Elle est ouverte jusqu’au 18 octobre 2015.

Andréa Bénisti

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